Fibre optique : la crise coûtera 1 million de lignes en 2020... si tout va bien

Les industriels des infrastructures numériques livrent un premier chiffrage de l'impact de la crise sanitaire. Et des mesures nécessaires pour en limiter l'ampleur.

Que coûtera le Covid-19 aux chantiers des infrastructures numériques ? Quelques semaines après la reprise des travaux, la fédération InfraNum entendait fournir une première estimation des dégâts se voulant "la plus claire, la plus transparente et la plus objective possible", assure son président Etienne Dugas.

Confiée à Ernst & Young et au cabinet Tactis, la synthèse de l'étude dévoilée hier confirme le choc subi par les entreprises de la filière. Et ce bien qu'elles aient limité la casse en parvenant, dans leur très grande majorité, à éviter l'arrêt complet de l'activité. Se pose désormais la question des mesures à prendre pour alimenter la reprise. Sur le déploiement de la fibre, un ensemble d'actions sont préconisées pour accomplir ce premier rebond et parvenir malgré tout à déployer plus de 4 millions de lignes FttH en 2020.

1 million de lignes de moins que prévu, au mieux

5,3 millions : c'est l'estimation du nombre de nouvelles lignes de fibre optique qui auraient été déployées en 2020 si le Covid-19 n'était pas venu bouleverser les plans de la filière. Avec pour conséquence une activité tombée durant le confinement à 40-50% du niveau d'avant-crise. Et qui plafonnera à 90% d'activité en septembre en raison des contraintes nouvelles pesant sur le déploiement.

L'impact du Covid-19 sur le déploiement de la fibre en 2020

Source : InfraNum, étude d'impact Covid-19 par E&Y / Tactis

Conséquence de l'épisode : le nouvel horizon pour l'année en cours est fixé à 4,3 millions de nouvelles lignes de fibre optique... "sous réserve de la mise en place de mesures de reprise", précise InfraNum. Ce scénario décrit comme "raisonnablement optimiste" s'écrit en effet au conditionnel. Celui d'une absence de reconfinement, bien sûr, mais aussi d'une volée d'actions facilitatrices. Aussi bien pour maintenir à flot les entreprises fragilisées par la crise que pour lever un certain nombre de freins techniques ou administratifs au déploiement.

Plan de reprise : du temps...

Ces derniers ont déjà été énoncés il y a quelques jours lors des Etats généraux des RIP. Outre la sempiternelle question de la base d'adresses nationale, le viseur d'InfraNum reste pointé sur deux obstacles. L'obligation d'obtenir le feu vert des AG de copro pour passer la fibre dans les colonnes montantes des immeubles, et les études jugées inutilement restrictives pour la faire courir sur les poteaux Enedis en bout de ligne. "On ne comprend pas toujours pas pourquoi ça bloque", se désespère David El Fassy. Là où le patron d'Altitude Infrastructure estime qu'il serait "tellement simple" de dissiper ces limbes où végéteraient "entre et 10 de 15% de prises à l'échelle nationale".

Parallèlement, une autre piste est évoquée pour tenter de compenser la baisse de productivité liée au Covid-19 : un nouvel effort pour stimuler les recrutements, dès cet été. Notamment auprès des Français qui sont venus grossir les rangs des demandeurs d'emploi en raison de la crise, voire des secteurs en difficulté pour promouvoir les reconversions.

... et de l'argent

Mais la filière ne veut pas vivre un "paradoxe" : celui d'"aller chercher des emplois nouveaux et de perdre dans le même temps des entreprises", résume Stéphane Lelux, le président de Tactis. Car la baisse du chiffre d'affaires subie par les acteurs du secteur - 36% en moyenne durant le confinement - a passablement affaibli les trésoreries. Au point que 11% des entreprises sondées n'excluent pas des licenciements dans les six prochains mois.

Pour éviter un tel scénario, la filière compte sur de plusieurs coups de pouce des pouvoirs publics : prêts garantis et surtout avances sur les versements des subventions France THD pour les faire ruisseler des donneurs d'ordre jusqu'aux TPE. Le gouvernement serait finalement prêt à débloquer, à ce titre, jusqu'à 200 millions d'euros en 2020, a-t-on appris hier.

S'agissant des retards engendrés, elle prône aussi un "gel des pénalités" qui couvrirait "la phase intermédiaire dans laquelle nous sommes rentrés le 10 mai dernier, jusqu'à une forme de retour normal à la productivité". Nul besoin pour cela de revoir les DSP signées entre les collectivités et les industriels, qui prévoient la marche à suivre en cas, justement, d'imprévu, estime InfraNum. Il en ira peut-être autrement des engagements contractuels pris par les opérateurs au niveau national et pour lesquels Julien Denormandie défendait il y a quelques jours un examen très strict des causes des retards... Un casus belli en puissance, d'autant que, sur la fibre, le référentiel a évolué dans le même temps, augmentant sensiblement le nombre locaux à rendre raccordables. Un changement de règles du jeu "contestable", estimait hier le patron d'Orange Stéphane Richard dans un entretien aux Echos.

Covid-19 : Surcoût de production des lignes de fibre optique

Se pose enfin la question du financement des surcoûts directement liés aux nouvelles conditions de travail. Une ligne fibre coûtait 17 à 23% plus cher à produire en moyenne durant le confinement : une addition qui se tasse progressivement mais restera 4 à 8% plus élevée qu'auparavant au 4e trimestre encore, selon le rapport. Pour prendre en charge ces surcoûts et donner un peu plus d'air à ses entreprises, InfraNum prône ainsi un "partage juste et équitable du fardeau" entre les donneurs d'ordre publics et les acteurs privés. Par exemple via des allègements de charges.

La relance après la reprise

Des pistes plus structurantes sont aussi suggérées dans l'étude pour appuyer cette reprise. Statut "essentiel" des infrastructures numériques - le gouvernement a déjà exprimé ses réserves sur ce point. Ou encore action pour la transformation numérique des entreprises, qui vient justement de faire l'objet d'une proposition de loi au Sénat.

Enfin, moins un levier de reprise qu'une réponse aux carences de débit en zone peu dense, y figure aussi l'objectif du 100% bon haut débit en fin d'année. 8 Mb/s minimum pour tous, qui ne pourront être atteints sans l'appoint des technologies hertziennes déployées par plusieurs membres d'InfraNum. Lesquels souhaiteraient que le guichet de Cohésion numérique subventionnant le recours à leurs solutions bénéficie d'une meilleure visibilité.

Mais la fédération ne s'arrête pas à la reprise : elle met déjà la dernière main à ses propositions de relance, dont elle garde la primeur pour la présentation de l'Observatoire du Très Haut Débit dans 10 jours. Sans surprise, il y sera question de "généralisation de la fibre" et de "territoires connectés, glisse Etienne Dugas. Y seront aussi évoqués le calendrier de rattrapage du million de lignes "perdues" cette année. "Plutôt en 2022 qu'en 2021", ce qui "pourrait" permettre d'atteindre les objectifs du plan France THD (100% Très Haut Débit dont 80% en fibre). Il va falloir s'habituer à vivre avec le Covid... et le conditionnel.

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